7 janvier 2008
Dans la chambre conjugale. Il est tard. Les enfants sont couchés. Youpi…
Lui : On le fait, ce soir ? Ça te dit ?
Moi : Bof…. Je suis crevée, moi…
Lui : Mais écoute, ça fait longtemps qu’on en parle. Et jusqu’ici, je reste sur ma faim.
Moi : Bon, si tu insistes… Mais je te préviens : je ne suis pas en forme. Tu devras faire le plus gros du travail.
Lui : T’inquiète, j’ai l’habitude.
Moi : Non mais dis donc ! La dernière fois, c’est moi qui ai tout fait… Et, dans mon souvenir, tu as adoré ça…
Lui : Rrrhhooo, oui ! C’était si bien ! Allez, on s’y met!
Moi : Pour te prouver ma bonne volonté, j’ouvre le sachet. Après tu te débrouilles…
Lui : Doucement ! Ça ve se déchirer ! … Bon tu sais où ça se met ?
Moi : Ben ouiche, tout de même. J’ai une sacrée habitude dans ce domaine.
Lui : Mettons… Mais tu n’es pas la plus douce, héhé !
Moi : Ne m’énerve pas. Tu vas gâcher ta soirée. Euh.. Mamour, tu es sûr que tu fais ce qu’il faut ? Faudrait rien perdre. Tu connais Grumpy : il machouille tout ce qui traîne…
Lui : Tu es infect. Tu es prête ? Je vais introduire…
Moi : Arrête ! Tu me fais mal ! Tu t’es encore trompé de trou !
Lui : Pardon, je me suis un peu précipité. On recommence ?
Moi : Je veux ma mère…
Lui : Tu es sûre ?
Moi : Non… Ça serait gênant…
Lui : Je te ne le fais pas dire. Si on s’y remet tout de suite, tu pourras faire un beau gros dodo plus tôt que tu ne le penses.
Moi : Des promesses…
Bref, après un certain temps, la mission fût remplie. Je profite donc de ce billet pour vous annoncer une grande nouvelle :
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Nous avons réussi à monter ce @£$% de bateau de vikings pour le noël du Crapulet.

Maudits Legos de marde….
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20 décembre 2007
- Deuxième cours : Investissez le terrain ( La tournée d’Halloween)
- Assurez-vous que votre
mule mère s’est équipée d’un sac d’une contenance de cinquante litres (minimum), pour que vous puissiez y vider le vôtre de temps à autre. Manquerait plus que vous fatiguiez à transbahuter le fruit de votre récolte.
- Avant de partir, agitez bien votre sac vide avec rancoeur sous le nez de votre pôpa. N’est-il pas scandaleux que ce dernier ait refusé de vider le contenu de l’énorme saladier familial, délicieusement empli de bonbons, dans votre besace ? Ceci sous le prétexte fallacieux que ceux-ci sont destinés aux petits amis qui viendraient sonner à votre porte, durant votre absence ? Non, mais…
- Sur le trottoir, remorquez résolument votre
camion-benne môman, vers la première porte (de gauche ou de droite, selon la configuration des lieux) totalement dépourvue de lumière, citrouille ou tout autres décorations d’Halloween. Manifestez (bruyamment) votre volonté d’aller massacrer la sonnette. Devant les efforts pitoyables de votre esclave génitrice de vous en dissuader pour des raisons obscures type “si la maison est ainsi, c’est que les gens ne donnent pas de bonbons”, mettez-vous à sangloter et insistez (surtout si vous avez surpris une conversation entre vos parents qui traitaient ces voisins de “vieux ronchons”). Savourez la panique de votre mère.
- Quand enfin quelqu’un sait vivre et vous donne des bonbons, plongez votre nez dans votre sac pendant un bon moment. Ne vous inquiétez pas. Devant votre immobilité, votre môman finira par vous dire “Mon chéri, qu’est-ce qu’on dit à la dame ?”. Répondez alors distinctement “C’est tout ?”. Délectez-vous du malaise profond ainsi créé.
- On vous demandera certainement, au cours de votre périple, en quoi vous vous êtes déguisé. Prenez un air chagrin et marmonnez “En chat… Mais c’est pas ça que je voulais…” . Effet “regards-apitoyés-sur-vous-et-froncement-de-sourcils-désapprobateurs-en-direction-de-votre-mère” garanti.
- Si, d’aventure, vous vous trouvez devant une file d’attente interminable devant une maison (signe qu’il s’agit d’un bon plan), dépassez tout le monde sans aucune gêne. La gêne, c’est pour votre mère qui ne manquera pas de vous sermonner sur votre façon de faire. Prenez alors un air contrit et affirmez que vous avez bien compris. Pour le prouver, retournez à la même maison mais cette fois-ci en faisant la queue. Qu’est-ce qu’on rigole…
- Lorsque votre
loque mère demande grâce, l’épaule déboîtée par le poids de son cabas, imitez la vache et beuglez (ce qui ira très bien avec ce qui reste de votre maquillage). Mais, grand seigneur (et parce que vous commencez à avoir mal aux pattes), exaucez son voeu.
- Méprisez l’air éberlué de votre pôpa devant la quantité astronomique de bonbons nichés dans votre sac. Désignez machinalement votre môman qui rampe péniblement sur le seuil de votre masure en disant “le reste arrive”.
- Déjouez les plans machiavéliques de vos parents pour refourguer une bonne partie de vos gains sucrés auprès des visiteurs retardataires, en montant la garde, assis sur votre trésor, l’air féroce.
- Dernier cours : Consolidez le terrain (L’après-Halloween)
- Refusez de passer sous la douche pour décaper le reste de votre maquillage. Tout compte fait, vous l’aimez bien et vous voulez le garder pour dormir. Le désespoir de vos géniteurs fera plaisir à voir.
- Ignorez les consignes ringardes de vos parents qui ont décidé de réglementer bêtement la consommation de vos bonbons. Servez-vous dès que vos vieux ont le dos tourné (ou même lorsqu’ils n’ont pas le dos tourné. C’est beaucoup plus amusant).
- Repérez avec soin les cachettes successives (et minables) que votre mère dégote pour sauver les cochonneries de votre voracité. Le pillage n’en sera que plus délicieux. L’air perplexe de vos parents en constatant que le niveau de vos bonbons baisse de façon inexplicable malgré leurs précautions, vaut le détour.
- Le 1er novembre, réveillez vos parents à 5 heures du matin en hurlant qu’ils sont en retard pour Halloween (cf . Premier cours : Préparez le terrain - 8ème point). Refusez les mensonges grossiers marmonnés sous la couette. On essaie de vous tromper. Halloween se produit bien tous les jours. Vous le savez, vous, et on vous la fait pas.
- Après deux semaines de réclamations, laissez la méfiance de vos parents s’endormir. Puis, attaquez-les sournoisement avec la thématique “Noël”. Pour ce faire, vous pouvez vous inspirer du cours sur Halloween. Vos parents vont A-DO-RER et ils ne seront pas dépaysés.
Les inscriptions pour la prochaine session universitaire sont ouvertes. Il est fort à parier que vos géniteurs seront ravis de votre intérêt soudain (et précoce) pour les études.
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7 novembre 2007
Lors de l’Halloween, on se fait peur. C’est un jeu. Pour l’Affreux Jojo, c’est un sport, une vocation, une raison d’être. Ou plutôt, non. C’est une habitude. De peur de décevoir et de lasser son public (et, hélas ! vous en faites partie), le bonhomme a inauguré la catégorie ” je-vais-fondre-ma-môman-de-honte-si-possible-devant-tout-le-monde”. La formation, pour ce diplôme, est disponible sous format de cours par correspondance. Et à côté de ce que j’ai subi, mes tarifs sont donnés,( si, si).
Mais laissons la parole au Professeur Affreux Jojo, Docteur ès Cassagedepieds, pour une mise en bouche situation pour illustrer son programme :
- Premier cours : Préparez le terrain ( Votre costume pour Halloween)
- Commencez à en parler dès le mois de juillet.
- Choisissez tout de suite un truc infaisable type “lagopède des neiges “(pour emmerder môman) ou genre “serveur informatique des années 80″ (pour mettre pôpa de son côté tout en lui faisant comprendre qu’il sera un éternel has-been).
- En août, roulez-vous par terre (avec des cris déchirants) dans les magasins, lorsque vos parents émettent des doutes sur l’opportunité d’acheter votre “habit de lumière” à cette date.
- En septembre, rédigez votre testament en clamant haut et fort que vous ne pourrez pas survivre jusqu’à Halloween. Si vos parents vous servent l’excuse éculée qu’ils ne peuvent pas modifier le calendrier, toussotez légèrement. Ils paniqueront, pour votre plus grande joie.
- Début octobre, distillez sournoisement le poison de vos angoisses métaphysiques : zoziau ou bedon technologie informatique ?
- Mi-octobre, faites semblant, avec un minimum d’enthousiasme, de céder au désespoir de votre mère et au chagrin de votre père en optant pour un déguisement (tellement conventionnel) de chat.
- Fin octobre, ne relâchez pas la pression ! Alléguez un furieux besoin de tester la chose en bousillant le contenu de la trousse de maquillage maternelle. Puis criez à la brimade de votre esprit créatif, lors de votre second essai. Ils en seront quittes pour acheter un second kit “maquillez-vous-simplement-pour-Halloween”, repeindre la salle de bain et tous les murs qui peuplent votre périple jusqu’à votre chambre (cette dernière faisant partie des causes perdues de vos géniteurs).
- Le jour même, réveillez vos parents à 5 heures du matin en hurlant qu’ils sont en retard. Puis, lorsque votre mère cède à vos menaces d’ignorer l’usage du papier de toilette tant que vous vivrez sous son toit, et vous maquille artistiquement, simulez une extrême fatigue au bout de 2 minutes. Savourez l’expression que votre môman lorsque vous aurez déclaré votre volonté de vous vautrer dans votre lit tout en frottant votre petit nez fraîchement peinturluré sur votre (nouveau et propre) oreiller si douillet.
- Une heure avant votre départ pour la fameuse tournée “bonbons”, déclarez que, en fin de compte, vous vouliez être une girafe (parce que vous pouvez parfaitement en imiter le cri). Devant le refus découragé de ce qui vous sert d’éducateurs primordiaux, mettez-vous à pleurer. C’est drôlement rigolo : ça fait couler le maquillage jusqu’à vos vêtements et ça fait stresser les adultes.
- Lors du départ, séchez vigoureusement vos larmes avec les manches de votre manteau (ça fera de bons souvenirs pour tout l’hiver) et glissez votre petite menotte dans celle de votre môman en disant : ” Bon, on y va ?” (sourire craquant requis).
Suite des cours sous peu…
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14 octobre 2007
Les souvenirs sont autant de petites souris dans le grenier de ma sale caboche. Ça grouille entre mes murs, ça trifouille dans mes fils électriques, ça ne dort que d’un oeil dans un recoin de mon isolation, et surtout, ça fait des petits.
Celui qui est venu parfois me chatouiller la mémoire, c’est cette affirmation trop souvent lue à mon goût : le Québec a un niveau déplorable en matière d’éducation, notamment en français. Les poils de ma réminiscence se sont dressés. Pis drette là, à part de ça. Voyons voir…
D’aussi loin que je me souvienne, et selon mes proches, j’ai toujours été une incorrigible bavarde. Si mes gros jambonneaux ont appris à me faire tenir debout fort tard, ma langue fut, hélas ! diablement précoce. J’ai hurlé, bavouillé, vocalisé, babillé, jacassé, papoté, placoté (dans l’ordre) à m’en faire exploser la glotte. Des légions de tympans y ont laissé des plumes. J’ai vite compris, qu’il n’était point dans mon intérêt d’assassiner mon public par voie orale. Un moyen beaucoup plus pernicieux me tendait les bras. L’écriture…
Aussi, ai-je appris avec une relative facilité mon alphabet icitte (t’en souviens-tu, Maman, de mon apprentissage des voyelles ? Je clamais haut et fort un beau “AAAA”, et ce que tu prenais pour un “EEEE”, n’était qu’un “euhhhhh” tâtonnant…). J’ai découvert avec délices les consonnes, puis les syllabes. J’ai affronté l’orthographe et j’ai croisé le fer avec la grammaire, dans l’arène essentiellement publique de mes écoles québécoises. Je me suis jetée à corps perdu dans cette bataille. À coups de moyens mnémotechniques, à coups de règles stratégiquement apprises par coeur, à coups de pages de dictionnaire, à coups de tonnes de livres dévorés, j’ai peut-être remporté certaines batailles, mais pas toutes. Ça, non. Et surtout, je n’ai pas gagné la guerre. Ça, encore moins. Ma langue, c’est comme une récompense : il faut la mériter. Et tous les jours, s’il-vous-plaît.
Mais dans mon combat, je n’était pas seule. J’ai été guidée, stimulée, poussée, encouragée par mon entourage. Voilà. Le terme est lâché. Mon entourage… Cette nébuleuse est peuplée de personnages disparates qui forment un “tout” uniforme. Ce “tout” est une pizza toute-garnie. Mais j’ai horreur de trier :j’ai gardé le bon et ce que je n’ai pas aimé. Ce “tout” fait partie de ma vie. Mieux, ce “tout” a fait ce que je suis.
Des professeurs par exemple. Non pas que j’ai aimé tous ceux québécois, non pas que j’ai détesté tous ceux français. Mais il en est un d’icitte qui m’a bien eue. Et qui doit en rire encore. Un sacré personnage. Jugez-en plutôt…
Monsieur René (vous me pardonnerez de ne point dévoiler son nom de famille) aurait eu sa place au “Super Bowl”. Pas dans les gradins. Sur le terrain… Car, sous son costume veston-cravate-pantalon, il donnait l’impression d’avoir perpétuellement greffée sur le torse, la panoplie parfaite d’un joueur de football (“football américain” pour les non-canadiens), tant ses épaules étaient larges. Mais ce qui me frappa le plus chez ce colosse, ce n’était pas tant sa stature incroyable mais sa figure. Figurez-vous que cet homme possédait ce petit quelque chose qui allait définitivement ravir la mordue de littérature que j’étais et que je demeure. Sa tête ! Un chef-d’oeuvre sorti tout droit de mes lectures de l’époque. Monsieur René avait la tête idéale du “Hercule Poirot” que je m’étais façonnée. L’assemblage “corps/tête” pourrait paraître incongru. Il me ravit. Qui peut se vanter d’avoir eu un tel personnage de roman comme professeur ?
Monsieur René… Une chevelure sombre et aussi plate que les règle de grammaire, dont la disposition parfaite semblait braver toute les lois physiques de notre redoutable blizzard hivernal. Une sublime moustache cirée avec soin, dont les fières pointes nous embrochaient l’esprit. Un regard qui parlait. Un regard redoutable. Un regard surprenant. Monsieur René n’élevait jamais la voix. Ses yeux, si. Vous pensiez que son attention était éteinte, derrière ses verres à peine fumés, et vous receviez des éclairs. Vous vous croyiez à l’abri de la foudre et vous la receviez par un seul clin d’oeil. Même les éléments les plus perturbateurs de ma classe l’avaient compris. À la place d’un “hey !” (traduisible selon la langue du pays) pour le moins bovin, un silence gêné allait lamentablement à l’assaut du regard si expressif de notre professeur… et bien sûr perdait devant ce dernier.
J’aurais dû me méfier. Il n’en fût rien.
A cette époque, j’avais eu la mauvaise idée de briller en volley-ball. Ma professeure d’éducation physique en fût sidérée. Je ne fis pas mieux. Aussi, me suis-je retrouvée capitaine d’équipe, brisant ainsi la longue, longue, longue coutume qui me laissait, misérable, sur le banc des joueurs et assistant pour la énième fois à une conversation des plus cruelles :
- Prends-la, c’est moi qui me suis dévoué, la dernière fois !
- Hey ! Minute ! Mon équipe est déjà plus faible que la tienne !
Cette fois-ci, je tenais les rênes avec une volonté de revanche féroce. Mon équipe pulvérisait les autres à la grande inquiétude de ma professeure de sport. Pour rééquilibrer les forces, elle fût mon adversaire. Je ne pense pas avoir été aussi proche d’elle que lors de ce smash, au sommet du filet. Mon majeur de la main droite ne résista pas à notre combat.
Cette fracture m’ouvrait un boulevard, que dis-je, une véritable autoroute de paresse. Plus de prise de note, plus de devoir, plus d’interrogation. La belle vie, quoi !
À ma grande honte, je dois vous avouer que j’en ai usé voire abusé… Certains professeurs en furent dupes. Hélas ( et heureusement), pas Monsieur René.
Ainsi, à la fin d’un cours, il me retint et nous eûmes une conversation orale et par les cils.
- Tu ne m’as pas rendu le travail de rédaction que j’avais demandé. Tu sais ? L’histoire que vous deviez inventer ? (Et ça me déçoit)
- C’est que je ne peux pas écrire à cause de ma fracture. (Une bonne excuse, non ?)
- Je comprends bien. C’est arrivé quand, au juste ? (N’en sois pas si sûre)
- Euh… Avant-hier, mardi. (Effectivement. Je sens que je me piège moi-même)
- Ce travail est programmé depuis deux semaines. Tu devais me le rendre hier, mercredi. ( Je connais déjà ta réponse. Je suis un enseignant qui a de l’expérience)
- Euh… J’avais fait un brouillon, mais je n’ai pas pu le mettre au propre. (Je m’enfonce, non ?)
- Vraiment ? Bien ! Alors, dicte-moi ton travail de mémoire… (Voyons voir jusqu’où tu vas aller…)
- D’accord… ( Je relève le défi ! Mais ai-je le choix ?)
- Mettons-nous au travail, dans ce cas (Non, tu n’as pas le choix. Mais cette situation nous amuse, n’est-ce pas ?)
Je me suis alors lancée dans la plus grand improvisation de ma vie. Les yeux de Monsieur René n’ont pas cessé de rire à gorge déployée (?) durant toute ma prestation. De manière tacite, il donnait la permission d’inventer, de créer, de rêver… Je venais de comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement d’une langue mais d’une formidable musique dans laquelle chaque note compte. J’ai saisi que les règles si arides de notre langue étaient autant de bijoux sur notre francophonie. Je me suis sentie riche, si riche…
Quelques jours après, Monsieur René m’alpaguait, l’air de rien. Un concours était lancé par un ministère quelconque. Il fallait rédiger une nouvelle sur le braconnage. Le braconnage ? Je n’y connaissais rien. “Et tu n’avais absolument pas préparé ton dernier devoir en français”, me télégraphia son regard.
Je ne sais pas s’il a appris les résultats de ce concours. Une chose est sûre c’est que, s’il en a eu connaissance, ses lunettes ont rigolé. Il avait gagné.
« On ne force pas une curiosité, on l’éveille. » a dit Daniel Pennac. Mon professeur, lui, l’a provoquée, à l’instar d’autres enseignants que j’ai eu au Québec. Des noms et des visages me frappent de plein fouet. N’ayez crainte, je ne vous ai pas oubliés. Je sais ce que je vous dois, à vous tous, chers fantômes du passé qui guidez mes pas du présent et dictez mes chansons d’aujourd’hui.
Quant à vous, Monsieur René, je ne vous l’ai peut-être pas dit à l’époque mais aujourd’hui, je vous l’écris : merci. Merci pour ça… Merci pour tout…
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30 septembre 2007
Grumpy (15 mois d’âge, mûri en fût de chêne, excellente cuvée) semble destiné à devenir un fin psychologue. J’en ai eu la preuve hilarante flagrante, il y a quelques jours.
En guise de cabinet professionnel, notre poupon diagnostiquait gratuitement, sous l’oeil vigilant de sa génitrice, dans la “salle de jeu”… Ou “le dépotoir sempiternel de petits Lego”… Ou “l’antre de la mort pour les pieds-nus”… Ses patients, le Crapulet et l’Affreux Jojo vaquaient religieusement à leur activités respectives préférées.
Ainsi, l’aîné partait à l’assaut du record du plus long pistolet en briques de plastique tandis que son cadet hurlait de manière régulière suite à ses échecs de construction de la pyramide la plus haute immonde du monde, constituée des malheureux jouets qui avaient eu la mauvaise idée de tomber sous sa main.
En gros, l’ambiance sonore se résumait à peu près à ceci : (Petit jeu : retrouve quel animal s’exprime à chaque fois - au besoin, demande à Papa et/ou Maman de t’aider )
- PAN ! PAN ! PAN ! PANPAN…
- MMMMMOOOOUUUUUIIINNN ! MMMMMOOOOUUUUUIIINNN !
- Agheu ?
- DOUCEMENT, LES GARS !
J’aurai pu m’assoupir au son de cette douce berceuse (si j’avais pu faire abstraction que certains jouets voltigeant au-dessus de ma tête). Mais Grumpy cherchait à me dire quelque chose :
- Gnagna !
- Oui, mon amour, “gnagna” itou…
Je n’ai pas dû être très convaincante.
- GNAGNA ! MAMAN ! GNAGNA ! GNAGNA !
Devant la soudaine hystérie de notre dernier-né, je me suis dit qu’il devait peut-être certainement vouloir dire quelque chose de précis. D’où cette conversation surréaliste :
Scrogn, amusée : Gnagna ?
Grumpy, agacé : GNAGNA ! GNAGNA !
L’Affreux Jojo, pareil à lui-même : MMMMMOOOOUUUUUIIINNN ! MMMMMOOOOUUUUUIIINNN !
Le Crapulet, tout à sa tuerie de poussière : PAN, PAN, PAN, PAN !
Scrogn, blasée : Nous disions donc : “gnagna”…
Grumpy, énervé : GNAGNA ! GNAGNA ! MAMAN !
L’Affreux Jojo, à la hauteur de sa réputation : MMMMMOOOOOOUUUUUIIIIINNN ! MMMMMOOOOUUUUUIIINNN ! MMMMMOOOOUUUUUIIINNN ! MMMMMOOOOUUUUUIIINNN !
Le Crapulet, qui opte pour la mitraillette : TAKETAKETAKETAKETAKETAKETAKETAKETAC !
Scrogn, qui se croit drôle : C’est-à-dire que, selon les derniers chiffres de Wall Street, le “gnagna” n’est pas très bien côté.
Grumpy, exaspéré : GNAGNA ! GNAGNA ! GNAGNA !
L’Affreux Jojo, fidèle à lui-même : MMMMMMMMMMMOOOOOOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUUIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNN!
Le Crapulet, dans son trip : YOUHOU ! PAN ! PAN ! HAHAHA ! PAN ! PAN !
Scrogn, vaguement inquiète : Voire même, en chute libre, les “gnagna”…
Grumpy, incontrôlable : GNAGNA ! GNAGNA ! GNAGNA ! GNAGNA !GNAGNA ! GNAGNA !
L’Affreux Jojo , décidément en forme : MMOOIN, MMOOIN, MMOOIN, MMOOIN, MMOOIN, MMOOIN, MMOOIN, MMOOIN, MMOOIN !!!!!
Le Crapulet, dans son “bad trip” postillonant : PAN ! ARGHHHHH ! PAN ! AARGGHHH !!!!! PPPAAANNNN !!! RE-AAAAARRRGGHHH !!!
Et devant l’air circonspect de sa pauvre mère, Grumpy entreprit de cavaler vers le Crapulet et d’agripper fermement le pantalon de son frère en hurlant des “gnagna” comme un malade. J’ai p’têt pô inventé la poudre à couper l’eau chaude mais j’ai fini par me dire que ”gnagna” devait désigner notre fils aîné. J’ai enfin compris… D’autant que la couleur pourpre qui envahissait le visage de notre bébé m’y invitait fortement.
Bon… À votre décharge, “gnagna” et “le Crapulet” n’ont pas grand’chose en commun à l’oreille. Mais lorsqu’on connaît le véritable prénom de notre premier-né (parce que, voui, voui, il en a un), avec un peu d’imagination, c’est jouable.
- Oui, mon amour ! dis-je, scrogneugneusement extasiée, “Gnagna”, c’est le Crapulet ? C’est ça ?
- Gnagna, me fit le Grumpy soulagé de voir que son éponge de mère avait enfin compris.
- C’est génial, mon ange ! Gnagna, c’est le Capulet ! Oui ! C’est le Crapulet ! Et l’Affreux Jojo, c’est… ?
Grumpy se tourna alors vers son frère vociférant…. Et fit preuve de son sens aigu de l’analyse psychologique :
- Mmooin ?
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