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Culinairement correct

Scrogn | 23 décembre 2011

Aaahhhhh ! Décembre ! Un des douze mois pendant lequel n’importe quel parent s’échine à faire plaisir à sa progéniture. Et vu la mienne (de progéniture, pas l’échine. On suit un peu en arrière), il s’agit forcément de bouffe.

Surmontant mon peu d’attrait pour le sucré, je me rompais l’échine (je vous ai vus, en arrière) à confectionner des.. des… des… bref…

L’Affreux-Jojo (bave aux lèvres et parfaitement désintéressé): Qu’est-ce que tu prépares, ma maman d’amour que j’aime et que j’adore plus que tout ?

Scrogn (la maman qu’on aime et qu’on adore plus que tout) : Des congolais.

Le Crapulet (à qui nous n’aurions jamais dû offrir un atlas et un globe terrestre) : Congolais ? Comme dans “République démocratique du Congo- capitale : Kinshasa” ou bedon ” République du Congo – capitale : Brazzaville” ?

Scrogn (parfaitement à l’aise) : Euhhhhhhhh….

Le Crapulet (prêt à étaler sa science comme sa mère allait s’étaler tout court) : Nan mais c’est parce qu’il s’agit de deux pays différents.

Scrogn (vaguement- mais alors là très vaguement- vexée) : JE SAIS ! Au fait, comment nomme-t-on les gentilés de ces deux pays ? Humm? Hein ? D’abord ? Congolais républicains démocratiques pour les uns et Républicains congolais pour les autres ? NOOOONNNN !!! Ce sont des CON-GO-LAIS, POINT !

Le Crapulet (relevant le petit bout de son nez avec un air très sérieux) : Môman. Je suis désolé. Mais il me semble que tu fais de la cuisine raciste.

Scrogn (l’écume aux lèvres ) : CROTTE !!!!! Mais cette recette s’appelle comme ça !

L’Affreux Jojo ( inconscient comme c’est pas permis et oeuvrant contre son tube digestif ) : Ouais, d’abord ! Môman tu me déçois. Profondément. Genre. Argh.

Scrogn ( à peine agacée) : Heyyyyy ! Toi là, mon Affreux-Jojo, qui souhaites devenir un grand cuisinier, tu vas faire de la julienne de légumes, des crêpes suzette, des charlottes aux chocolat voire pire. Tu es un futur anthropophage de ta propre famille (Voui, cher(e)s lecteur(trice)s. Nous avons des Julienne, Suzette, et Charlotte dans notre famille. À trois, on fond en larmes). Fait que. D’abord…

Les deux grands affreux ont semblé comprendre qu’il ne fallait pas la ramener. Aujourd’hui encore, je me demande pourquoi. Et comme si ça ne suffisait pas, il y a eu ça :

Scrogn (baignant nageant pataugeant dans un essai inouï de faire plaisir à ses affreux) : Et si je vous faisais des croque-monsieurs avec une petite salade de roquette ?

Crapulet et Affreux-Jojo (en choeur) : OUAIS !!!!

Grumpy (plus vrai que nature ) : BEURKKKKKKKKKKKKKK !!!!

Scrogn ( pas même agacée, non, non) : Mais, mon Grumpy, tu en avais raffolé la dernière fois !

Grumpy (ferme et fier devant l’adversité) : Les crottes de monsieur, moi j’aime pas ça.

Ite missa est.

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Caïn

Scrogn | 13 novembre 2011

La peine allait être prononcée. Le tribunal semblait frémir de toutes ses boiseries tant l’ambiance était lourde. Tout le monde attendait. Les journalistes, agrippés à leur stylo. Le public, avide de croire partager un grand moment de justice. Les jurés, perdus dans leurs questionnements éternels. Les familles des victimes, anéanties.

Francis faisait partie des parents éplorés. Sa fille, Léa, avait aidé à l’arrestation du pitoyable monstre. Les policiers avaient retrouvé de l’ADN de son meurtrier sous ses ongles. C’est qu’elle avait combattu son agresseur de toutes ses forces, puisant dans son instinct de survie, du haut de ses sept ans. Grâce à son courage, on avait rapidement retrouver la trace de Mike, dûment fiché pour ses multiples viols, ses tendances pédophiles et ses exploits d’exhibitionniste.

Même si aucune autre trace n’avait été retrouvée sur les huit autres petites victimes, le modus operandi était si particulier que les membres du jury n’avaient pas hésité. Les fillettes avaient toutes été soumises à l’outrage écoeurant puis étranglées. Et comme si cela ne suffisait pas, le monstre leurs avait découpé les paupières comme pour les forcer à contempler éternellement l’horreur dont elles avaient souffert. Mike était le coupable. Seulement, il avait commis une erreur. Il avait rencontré de la résistance et n’avait su la gérer.

Dans un silence de crypte, le juge prononça les paroles qui allaient mener le coupable au fond de son couloir. Trente ans de prison. Francis fit un rapide calcul. Machinalement. Mike sera libre à l’âge de cinquante-cinq. Suffisamment jeune et frustré pour recommencer. D’autant qu’il avait retiré un plaisir indicible de ses méfaits et surtout un sentiment de toute puissance.

Francis serra les poings. Il voulait croire que Léa pouvait enfin reposer en paix. Sa fille chérie. Morte trop tôt et dans des conditions atroces, emportant sa mère dans un tourbillon de chagrin. Le père se leva péniblement. Il devait sortir. Tout de suite. Dans un brouillard épais, il dut écarter des micros, des caméras, des gens.

Dans l’habitacle de sa voiture, il se sentit presque en sécurité, malgré les coups insistants sur les vitres. Il se concentra, respira profondément et se fraya un chemin parmi la foule.

Il roula environ une heure en pleurant. Puis il vit l’Arbre. Il le visa et appuya sur l’accélérateur. Il mourut sur le coup.

Le plus immonde, c’est qu’il versait des larmes sur son sort. Pas sur ses huit victimes, injustement attribuées à Mike.

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Poker face

Scrogn | 29 octobre 2011

Vous allez hurler mais chez nous, il est de coutume de jouer au poker en famille après le repas du midi, le samedi et dimanche (et jours fériés). J’entends d’ici les hurlements horrifiés de certains de mes lecteurs. Je leurs laisse la parole :

- AAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRGGGGGGGGGGHHHHHHHHHHHHH !!!! À mort ! Que quelqu’un appelle les services sociaux !

Devant tous ces points de vue, ô combien justes et quasiment irréfutables, laissez-moi opposer ces petits arguments :

- Nous ne jouons pas avec de l’argent, seulement avec des jetons, lesquels représentent des valeurs différentes selon leurs couleurs. Grumpy apprend gentiment à additionner.

- Voui, il s’agit d’un jeu d’argent. Le Monopoly itou (je tiens à rappeler que les billets de ce jeu ne seront PAS acceptés dans un magasin). Les dames, les échecs, la bataille ou même le combat entre poupées Barbie peuvent le devenir. Il suffit de parier.

- Le poker n’est pas seulement un jeu de hasard mais aussi de stratégie. (Patience, la preuve suit.)

Ainsi, nous nous retrouvons assis après le repas, autour de la table de la salle à manger (que les affreux acceptent de débarrasser, ceci avec empressement, alléluia !). Les jetons et les cartes sont distribués. L’ambiance est de plomb et les regards échangés sont lourds de menaces. On se jauge, on se juge.

Et c’est à ce moment que tout part en vrille. Faisons le tour de la table, voulez-vous ?

Scrogn est impassible. Elle a quelque chose (ou pas).

Guinness joue avec ses jetons. Il pense avoir quelque chose (mais il bluffe).

Le Crapulet a les oreilles rouges tomates (mûres, les tomates). Il a quelque chose.

L’Affreux Jojo tremble. Il a quelque chose.

Le Grumpy hurle ” j’ai quelque chose !!! ” en faisant tournoyer ses cartes. Mieux encore, il s’exclame ” Encore des fesses !!! ” (Il parle de la reine, là, puisque cette figure se voit estampiller d’un gros “Q”). Il n’a rien.

Résultat, Grumpy raffle la mise en hurlant de rire (parce qu’il avait quelque chose). Zut.

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Une question d’honneur

Scrogn | 11 septembre 2011

Vous commencez à me connaître. Je ne vous ai jamais déçus. Allez, parce que c’est vous, je le prouve de nouveau.

Il semblerait que, selon une théorie fumeuse, une sale salle de bain se lave. Y compris le sale sol de celle-ci. Jusque-là, tout va bien. J’ai fini par m’y résoudre. Sauf que, un sol fraîchement lavé, c’est comme le vernis à ongle que je ne mets jamais : faut que ça sèche. Ceci expliquant certainement cela.

C’est donc avec toute ma graisse grâce naturelle que j’ai glissé. Et, dans un réflexe d’une pitoyable futilité, j’ai tenté d’attraper le lavabo pour éviter à ma divine personne un écrasement humiliant. Ma main droite qui passait dans le coin par hasard, a entrepris de frapper le rebord en porcelaine de la sinistre vasque. Très mauvaise idée. Car, non seulement mon fondement a goûté la dureté d’un carrelage au moelleux tristement inexistant mais en plus un de mes doigts (et non des moindres) a voulu voir ailleurs.

Les affreux, revenant de l’école, ont trouvé une mère clopinante avec un problème majeur.

Oui. Majeur.

Je ne sais si vous avez remarqué mais il existe des extensions utiles sur une main. Et il semblerait que Dame Nature, dans son sens sublime d’humour, ait octroyé un rôle bien particulier à chacun de nos doigts. Même celui du milieu. D’autant que ce dernier trône au centre du champs de bataille. Autant dire que, sans lui, nos paluches sont beaucoup moins rigolotes. Ou pas.

Devant les chats qui ricanaient dans leur barbe et leurs moustaches, j’ai bloqué les jointures de mon membres douloureux avec un ruban de pansement bien épais. Si le résultat était efficace contre la douleur, il avait une désagréable tendance à maintenir mon majeur dressé. Du genre, envers et contre tout.

Durant la séance de devoirs, l’Affreux Jojo me fixait d’un air admiratif. Limite béat. Enfin, “me fixait”, c’est beaucoup dire. Il regardait intensément ma partie blessée.

Fichtre, me dis-je, aurait-il chez lui une once d’empathie ?

Que nenni.

Scrogn : À quoi penses-tu, mon Affreux-Jojo chéri ?

L’Affreux-Jojo (désignant du menton mon majeur blessé) : À ça.

Scrogn : Ne t’inquiète pas, mon trésor. Je vais très bien.

L’Affreux-Jojo : Non, ce n’est pas ça. (Aaargghhh) C’est que je n’en reviens pas.

Scrogn : …?

L’Affreux-Jojo : Ben, là, tu es grossière, vulgaire et agressive tout le temps, mais tu as le droit. Personne ne va te punir . Tu en as de la chance, toi ! Ppffff….

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L’Affreux-Jojo se livre

Scrogn | 22 juillet 2011

Ah, les vacances d’été ! Un bonheur sans égal, une joie indescriptible, une allégresse divine. Pour les affreux…

Ah, les vacances d’été ! Des maux de tête épouvantables, une angoisse profonde, des arbitrages douloureux. Pour une maman…

C’était sans compter le sadisme brut, la vengeance mijotante, la méchanceté galopante d’une Scrogneugneuse.

Comme notre Affreux Jojo renâcle à l’idée même de la lecture et se complaît dans la mare stagnante du “j’m'ennuie” (refrain berçant les tâches ménagères d’une mère pognée (“pogné” venant du français “poigne” ) avec des affreux incapables de briquer correctement l’argenterie que nous n’avons pas), mon esprit pervers lui a, bien entendu, (ma phrase qui fait un paragraphe est presque terminé) intimé l’ordre de bouquiner (vous avez réussi à vous retrouver avec toutes ces parenthèses ? Oui ? Bravo ! Avancez de trois cases).

Nous en étions donc au choix de lecture pour l’Affreux Jojo (honnêtement je n’en suis pas sûre, je suis perdue avec toutes ces parenthèses) . Histoire d’enrichir son vocabulaire quand il se plaint.

Du Jules Verne, ça c’est bon. Ça devrait lui plaire. Bon. Lequel ? De la terre à la lune. Bon titre, bonne histoire, bonne réputation.

Histoire d’encourager l’affreux numéro deux, je lui ai demandé de me faire un résumé de sa lecture quotidienne, chaque soir, tandis que je débarrassais notre lave-vaisselle.

Bon…

D’accord…

Je ne me souvenais pas du tout trop de l’histoire. ” De la terre à la lune” est un livre que j’ai lu quand j’avais 7 ou 8 ans (pardon, mon vieux Jules ! ).

Mais quand même…

Le premier soir : aucun problème. Un résumé d’un début classique d’un Jules Verne (dans mes souvenirs affreusement flous).

Le deuxième soir : petit soupçon. Le résumé de l’Affreux Jojo me semblait faible, malgré mon oreille distraite. Ça puait l’embrouille.

Le troisième soir : comment dire. À vous de juger :

Scrogn : Donc, que se passe-t-il à ce moment-là ?

L’Affreux Jojo : Ben là, grosse panique pour tout le monde !

Scrogn : Aaarrgghhh ! (merci à tous ceux qui remarqueront ma propension naturelle au renforcement positif). Et comment le héros s’en est-il sorti ?

L’Affreux Jojo : Ben, il a envoyé un e-mail.

Un petit truc me dit que l’Affreux Jojo a triché.

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