29 août 2010
Apprenant de mes erreurs passées, je me suis appliqué à ne vivre qu’à l’ombre. Le jour nous rend facilement repérables. La nuit, avec quelques prudences, nous rend invisibles. Aussi me terrais-je jusqu’aux derniers rayons du soleil avant de vagabonder dans les rues. De toute manière, un prédateur de ma trempe ne pouvait agir autrement.
La ville pardonne difficilement aux minables de la vie. Ou est-ce la vie qui pardonne difficilement aux minables de la ville ? Avouez que vous avez déjà croisé ces ratés crottés et que vos yeux ont, par instinct, cherché refuge auprès d’un repère transpirant le propre et l’ordre. Mais la nuit, dit-on, tous les chats sont gris. Combien de silhouettes vacillantes, certaines vomissant dans le caniveau y ai-je croisées ? Ces mêmes personnes qui iront demain au travail, fraîches et nickels. Vous vous reconnaissez peut-être. Mais moi, contrairement à vous, je ne me suis pas renié. Jour et nuit, je suis moi : un monstre.
Voyez, j’ai aimé la noirceur avant d’aimer Bianca. Ma douce chérie.
La première fois que je l’ai vue, c’était par hasard. Enfin, pas tout à fait. J’ai entendu dire que les tueurs en série préféraient sévir dans leur territoire, question de confort. Moi pas. Au contraire. Il serait dommage qu’on me reconnaisse, non ? Aussi, j’ai profité du crépuscule pour étendre mon terrain de chasse. Vers l’ouest, courant après les derniers râles du soleil.
Ma première victime, je l’ai violée dans mon quartier. Grâce à elle, j’ai appris que ces femelles, pourtant si aguichantes, hurlaient, griffaient et se débattaient lorsque je voulais cueillir mon dû. Salopes. Toutes des salopes. Sauf Bianca.
Par la suite, j’ai appris à tuer. C’est que je détestais entendre crier. Alors, j’égorge. Les « glou-glou » sanguinolents me rappellent un petit ruisseau de mon enfance, qui gazouillait derrière la bicoque branlante de mes tortionnaires. C’était mon seul refuge. Que voulez-vous. Je dois être un de ces romantiques qui s’ignorent et que vous avez ignorés.
N’allez pas croire que toutes ces victimes ont fait de mon sommeil un brouillon. Bien au contraire. C’est reposant de savoir que je ne suis pas le seul à en avoir bavé. J’ai juste élargi juste ma communauté de sans-âme. Car j’en fais partie. De toutes mes tripes. J’en suis même venu à me demander s’il existait autre chose que des viscères dans notre corps.
Et c’est bien là que je me suis fourvoyé. J’ai un coeur. Pas celui qui a disparu devant la terreur de mes victimes. Non. Celui-là même qui s’arrêtera de battre bientôt. D’ailleurs, un tueur en série n’est pas censé avoir de sentiment. C’est bien pour ça qu’il va se servir chez les autres.
Et pour ces raisons, j’ai traversé maintes fois la moitié de ma ville : éviter de me faire repérer, éprouver des sensations, violer et tuer. Tout un programme.
Je me suis mis en marche alors que le soleil mourait. J’ai poursuivi son agonie tout en voulant semer la mort. J’errais mollement lorsque je l’ai vue. Ma Bianca.
En fait, ma chance ressemblait plus à une fuite éperdue. J’avais repéré une victime. Celle qui ne demandait rien à personne et qui semblait passer son temps à vouloir se fondre dans le décor. La femelle terne par excellence. Elle devait revenir d’une promenade sans but pour revenir dans un foyer sans joie. Dans une ruelle, j’ai voulu l’attaquer. L’idiote s’est débattue et a tenté de fuir. Sa course l’a amenée directement sous les roues d’une voiture qui roulait trop vite. J’ai vu le chauffard sortir de son bolide en oscillant de terreur . J’ai vu la foule de curieux s’amasser autour d’une silhouette sanguinolente et affalée sur le macadam. J’ai entendu le conducteur pleurer. J’ai entendu la troupe de voyeurs murmurer son horreur. Si jeune et crever ainsi.
J’ai déserté la scène en espérant ne pas me faire remarquer. C’est ainsi que j’ai atterri derrière la clôture de Bianca. Pour être tout à fait honnête, je dirais que je me suis retrouvé entre la palissade et la haie épaisse de cèdre. Une excellente cachette et l’endroit parfait pour tomber amoureux. Mais une cachette pour le moins inconfortable, vous en conviendrez.
Entre deux branches de conifères, j’ai entrevu ma Bianca. Ma bien-aimée.
Elle était assise, au milieu d’une cour aux airs bâtards de parc mais trop grand pour fleureter avec un jardin. Ses épaules parfaites, si pâles sous le clair de lune, avaient ce petit quelque chose de résigné aristocratique. Déprimé et digne à la fois.
- Psitt ! Psiiiiitttttt !!!
Quel magnifique discours ! Mais je n’avais rien trouvé de mieux comme entrée en matière. Ses yeux, d’émeraude doré, qui se perdaient rêveusement dans un bosquet de roses l’instant d’avant, ont assassiné mon âme à ce moment précis. Vous ne pouvez comprendre ce qu’un seul regard peut faire avant d’y avoir succombé. Beaucoup en parlent, peu y survivent.
Elle a donc tourné sa tête vers moi. Un frisson qui ressemblait à un tsunami des chaumières fit tressaillir son dos et m’inondât d’une vague de sentiments inconnus. Était-ce l’amour ? Avoir chaud et froid en même temps, ressentir des picotements furieux et des douces caresses, se sentir vivant et mort à la fois ? Je n’en savais rien. Je ne sais toujours pas. Mais , une chose est sûre, jamais je n’avais été bouleversé à ce point.
D’une démarche un peu raide, elle fit quelques pas vers ma direction. Sans se rendre contre la barrière. Juste ce qu’il fallait pour déguerpir et pour entamer la fin de ma vie.
- Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez ? Que se passe-t-il ?
Sa voix détruisit les derniers remparts de mon âme loqueteuse.
- En fait, ma jolie, je dois rester discret. Question de sécurité. Et ma mère n’a pas eu le temps de me donner un nom, trop pressée qu’elle était de se débarrasser de ma personne. Mais tout le monde me connait. On m’appelle « La Terreur », ma mignonne. Et toi ?
Même si elle tiqua légèrement devant mon ton familier, elle ne parut guère impressionner par mon côté délinquant.
- « La Terreur » ? Dois-je m’en contenter ?
- Je pense me souvenir que mon prénom est Mike, répondis-je tout penaud.
Jamais personne ne m’avait tenu tête ainsi. Comme quoi, la douceur recèle des armes bien surprenantes. Devant mon désarroi retentissant, elle me darda d’un regard quasi létal tant il était empreint d’une nonchalance charitable.
- Toutefois je connais votre réputation. « La Terreur » est un personnage tristement célèbre.
Pour la première fois de ma vie de meurtrier, j’eus honte de mes méfaits sanglants. Et comme si cela ne suffisait pas, j’avais l’impression d’avoir le cerveau en panne de répartie. Pourtant, il m’était crucial de briller devant mon étoile chérie. Alors que je cherchais désespérément une réponse spirituelle, elle vint à mon aide :
- Vous devriez partir maintenant. Si j’en crois tout ce brouhaha, la foule ne tardera pas à venir.
- Effectivement. Vous serez ici demain soir ? À la même heure ?
Par coquetterie, elle ne releva pas mon vouvoiement subit. Derrière elle, sur le perron de la maison, un homme lui intimait l’ordre de rentrer, rendu certainement inquiet par les évènements de la rue. Avant de rompre le charme, Bianca me promit d’être au rendez-vous. D’une démarche discrètement chaloupée, elle regagna ses pénates.
J’ai dû rester deux ou trois minutes contre la barrière, à vouloir suspendre le temps. Puis, mon instinct de survie reprit le dessus. Je me suis enfui. Mais pour mieux revenir une dernière fois.
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15 août 2010
Demain, je suis mort. D’aucuns diront que mon temps est inapproprié. Ça tombe bien. Je n’en ai plus devant moi.
Bien sûr, je suis un tueur et un violeur en série. De ceux qui choisissent leurs proies, qui jouent avec leur peur sombre , qui savourent la souffrance coulant de leurs veines. J’ai dégusté leur terreur, j’ai mangé leur vie, j’ai bu leur âme. Je suis un monstre. Mais un monstre qui a aimé. Et cette ultime histoire aurait pu me sauver. Mais cette société bien pensante en a décidé autrement. Pourtant, cette dernière m’a laissé faire tant de choses horribles. Si longtemps.
Entre nous, dès ma naissance, les choses se présentaient mal. Né de père inconnu, je fus placé dans une famille d’accueil très jeune. Ma génitrice ne pouvait s’occuper de moi, semble-t-il. Ai-je des frères ou des soeurs ? Je ne sais pas. Sans doute. Ma mère collectionnait les amants et les grossesses. Donc, c’est logique. Les oui-dire ont véhiculé que je n’étais pas le seul de mon espèce à avoir soif de sang et aimer tuer. Les murmures des fonds de cour ont raconté que mon père était le frère de ma mère. Pourquoi pas. Si j’en crois ce que je sais, tout ceci explique certainement que ma lignée soit tarée.
Pour mon grand malheur ou pour répondre à ma destinée, mon nouvel environnement adoptif était de ceux qui favorisent les plus bas instincts du sadisme. Chez certains, la méchanceté est un défaut. Dans ma famille d’accueil, c’était un art de vivre.
Le fils de la maison éprouvait un malin plaisir à me torturer. Aussi sec que vicieux, ce gamin aux yeux délavés, répondait difficilement à son prénom (prénom qui m’hérisse le poil depuis), tant l’atome qui lui servait de cerveau était atrophié. Sans graisse ni muscle, Fred étais un paquet de nerfs à fleur de peau. À peine ai-je pu survivre aux jeux, plus humiliants les uns que les autres, de mon demi-frère. Il adorait me déguiser en fille. Visiblement, il aurait préféré une soeur. Tandis que je tentais de me faire oublier, aspirant à me fondre dans un mur, il me débusquait et me frappait sans relâche pour me voir enfin réagir à sa cruauté sans nom.
La matriarche me méprisait et son troisième conjoint m’ignorait tout simplement. Je ne devais rien dire, rien faire, sous peine de voir ma belle-mère débouler avec un ceinturon frémissant à la main, l’écume bouilonnante aux lèvres et la fureur vibrant dans la prunelle. À peine ai-je eu de quoi me nourrir certains soirs. La famille y veillait. Quant aux coups de pieds, aux gifles, aux rossées de balai, aux volées, ceux-ci faisaient partie de mon quotidien pitoyable et m’étaient souvent servis en guise de repas. C’est certainement pourquoi j’en suis venu à avoir faim de la vie des autres.
Non pas que je rejette la totalité la faute sur ces gens mais avouez qu’il existe des terreaux plus fertiles que d’autres. Ma hargne d’être un « rien », ma colère d’être un « inexistant », ma fureur d’être un « sans cesse rejeté », ont fait de moi un assoiffé de pouvoir. Et le pouvoir suprême s’exerce sur la vie des autres. La vie ne m’a rien donné. Je me suis servi. Alors, j’ai tué. Beaucoup.
J’avais déjà fait des fugues avant. Seulement, ma mauvaise étoile a oeuvré contre moi. Elle a fait en sorte que je fus renvoyé systématiquement dans ma famile d’accueil bancale. Mes yeux implorants, mes blessures pourtant visibles, n’avaient pas fait bronché les bonnes femmes, bardées de bonne intentions, attachées à mon dossier. Mes bourreaux avaient l’excuse facile :
- Nous le considérons comme notre propre enfant. Nous faisons tout pour lui. Mais il se bagarre avec les autres, vous comprenez ? Et nous n’y pouvons rien. Il s’en prend même à notre petit Fred. C’est un jeune sauvage.
Cétait vrai, après tout. Mais j’avais de bonnes raisons.
Les dames patronnesses n’ont plongé leur regard dans mes yeux uniquement pour voir s’y refléter leurs bonnes actions futiles. Il paraît que l’oeil est le miroir de l’âme. Alouette. Lustrant leurs uniformes, badges et leur réputation de bien-pensantes, visibles pour tous, elles répliquèrent :
- Il est possible que nous fassions une visite de contrôle.
Ma famille d’accueil a eu du mal à réprimer un ricanement à ce moment. Je fis de même.
Mais le mien, lui, était teinté d’amertume.
C’est pourquoi un soir de printemps j’ai décidé de m’enfuir. Définitivement, cette fois.
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6 juillet 2010
Notre futur cuisinier en remet une bonne couche.
L’Affreux Jojo : Si je veux marier une personne pis qu’elle me fait un repas pas bon, je la mets dehors !
Scrogn : Non ! Mais c’est quoi ces manières ! Tu pourrais être plus respectueux et poli !!!
L’affreux Jojo : D’accord Maman. D’abord je lui ouvre la porte et après je la mets dehors.
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24 mai 2010
… histoire de vous faire patienter, le temps que je sorte de ma longueeeeeeeeeee léthargie.
L’Affreux Jojo rêve, depuis presque toujours, de devenir cuisinier et d’avoir un restaurant cent étoiles (hum, hum). Nos lecteurs assidus le savent. Les autres l’apprennent.
Pour satisfaire sa curiosité culinaire (et, par la même occasion, exploiter mon affreux au maximum), je lui permets de m’assister dans la confection de nos repas. Rien de tel pour apprendre des techniques, le nom des épices et des fines herbes herbes, le goût des produits, des recettes. Mais il semblerait que, dans le vacarme des casseroles, ma bonne parole soit un tantinet déformée. La preuve :
Scrogn : Bien ! Nous avons presque fini ! Que manque-t-il pour parachever ce plat ?
L’Affreux Jojo : Je sais ! Il faut mettre du « piment des squelettes ».
Voilà ce qui s’appelle tomber sur un os.
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10 mars 2010
Voilà. Une autre semaine de relâche. La question, cruelle et lancinante, reste la même : que faire des affreux pendant que vous vous employez consciencieusement à écraser la gueule du gros méchant de votre jeu-vidéo à repriser religieusement les pantalons des mâles de votre maisonnée (à tel point que vous vous demandez s’il ne serait pas judicieux d’inscrire ce vêtement hebdomadairement sur votre liste de course).
L’année dernière déjà, je vous avais fait la bonté de vous donner le truc des Lego. Aujourd’hui, je persiste et signe avec mon sadisme naturel.
Voici une autre astuce qui ne devra pas vous venir à l’esprit le dernier jour des vacances. Voui, je le reconnais, j’ai commis une erreur de débutante. La paix, ça se négocie avant la guerre, histoire de ménager les victimes.
Ainsi, installez-vous confortablement derrière votre console de jeu votre machine à coudre et attendez la crise qui suit :
- Môôôôôman, j’m'ennuie !
- Allez jouer dehors. Fait beau.
- Ouais, ben fait tellement beau qu’il ne reste presque plus de neige dans le jardin. Il y a même des endroits où l’on voit le gazon tout jaune.
Arrgghh. Ben ouiche. Selon des sources on-ne-peut-plus fiable, notre hiver québécois a pris ses vacances en France. Gasp. Levez-vous en tentant d’oublier le score formidable la couture parfaite que vous auriez pu obtenir sans cette interruption grossière, et jetez un regard navré à votre terrain. Sentez doucement l’idée diabolique qui vous vient. Du genre imparable.
- Effectivement, mes affreux, ce paysage me désole. Et qui parmi vous aime voir ce décor, ô combien navrant ! d’un banc de neige qui met des mois à fondre ? Alors que la portion voisine sourit au soleil, prête à verdir ? Huuuummmmmm ?
- Nous n’aimons pas ça. Beurk.
Savourez le choix judicieux de l’onomatopée des affreux. C’est une signature orale de leur arrêt de mort jérémiades. Puis, avec une voix veloutée et un regard bienveillant, demandez-leurs la chose suivante :
- Bien ! Dans ce cas, vous allez aider le gentil jardin à retrouver ses belles couleurs ! Vous allez me faire le plaisir de prendre vos pelles et d’ôter la neige qui traîne en tas pour la mettre dans les zones où elle a fondu.
Retenez-vous de leurs dire « à demain soir », ça fait mauvais genre.
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